Ces insectes, ce sont les pollinisateurs. Selon une étude INRAE-CNRS financée par l’Union européenne, leur contribution à l’agriculture européenne est évaluée à environ 15 milliards d’euros par an. Un service totalement gratuit, rendu chaque jour par la nature… et pourtant de plus en plus menacé.
La bonne nouvelle : votre jardin, même de petite taille, peut devenir un refuge précieux. En faisant les bons choix de plantes et d’aménagement, vous pouvez faire revenir une diversité d’insectes pollinisateurs que beaucoup de jardins ont perdue. Voici comment.
Qu’est-ce qu’un pollinisateur ?
Un pollinisateur est tout être vivant qui transporte des grains de pollen des organes mâles d’une fleur (les étamines) vers les organes femelles d’une autre fleur (le pistil), permettant ainsi la fécondation de la plante et la production de fruits et de graines.
Autrement dit : sans pollinisateur, la plante fleurit… mais ne donne rien.
On estime ainsi que 75 % des espèces de plantes cultivées dans le monde dépendent, en tout ou partie, des pollinisateurs pour se reproduire.
En France métropolitaine, on compte entre 20 000 et 25 000 espèces d’insectes pollinisateurs, répartis en plusieurs grandes familles. Et non, tout ne repose pas sur l’abeille domestique.
Chacune a ses propres préférences, périodes d’activité et comportements.
Quelles plantes planter pour attirer les pollinisateurs ?
Si l’on devait donner une règle d’or ? Assurer une floraison continue de février à novembre.
Floraisons précoces (février à avril) : nourrir les premiers sortants
Les reines de bourdons émergent dès fin février, épuisées par l’hibernation. Les premières osmies sortent dès mars. Ces premières semaines sont critiques.
- Hellébore : fleurit dès janvier-février, riche en nectar
- Crocus : l’une des premières sources de pollen de l’année
- Saule marsault : chatons indispensables pour les premiers bourdons
- Pulmonaire : très appréciée des osmies
- Muscari : simple, rustique, mellifère
Floraisons estivales (mai à août) : la pleine activité
C’est la pleine saison d’activité. La diversité florale doit être au rendez-vous.
- Phacélie : la plante mellifère par excellence
- Bourrache : fleurs bleues très riches en nectar, se ressème seule
- Lavande : un classique qui reste une valeur sûre
- Sauge officinale : très attractive pour les bourdons
- Cosmos : fournit pollen et nectar de juillet à octobre
- Achillée millefeuille : parfaite pour les syrphes
- Monarde : adorée des bourdons et des papillons
Floraisons automnales (septembre à novembre) : la ressource parfois oubliée
L’automne est une période critique souvent négligée. Les dernières générations d’abeilles solitaires et les jeunes reines de bourdons doivent constituer leurs réserves avant l’hiver.
- Lierre grimpant : l’une des dernières sources de nectar avant l’hiver, indispensable
- Aster : floraison abondante en septembre-octobre
- Rudbeckie : grandes fleurs jaunes jusqu’aux premières gelées
- Sédum : très apprécié des derniers papillons en vol
Insectes floricoles et pollinisateurs, quelle différence ?
Tous les insectes qui visitent les fleurs ne sont pas forcément des pollinisateurs. On appelle insectes floricoles ceux qui fréquentent les fleurs pour se nourrir de nectar ou de pollen, sans toujours contribuer à la reproduction des plantes. Ils deviennent pollinisateurs uniquement lorsqu’ils transportent du pollen des étamines vers le pistil d’une autre fleur.
Cette fonction n’est ni automatique ni permanente : un même insecte peut polliniser certaines plantes et n’être que floricole pour d’autres, selon sa morphologie, son comportement ou le contexte environnemental.
Comment aménager votre jardin pour les pollinisateurs ?
Installez des zones de nidification
Les hôtels à insectes accueillent les abeilles solitaires qui nichent dans les tiges creuses. Pour être efficace, un hôtel doit être orienté plein sud ou sud-est, placé à hauteur d’homme, avec des tubes d’au moins 10 cm de profondeur et de diamètres variés (3 à 10 mm).
Mais n’oubliez pas l’essentiel : 70 % des abeilles nichent dans le sol. Une simple zone de terre nue, exposée au soleil, peut suffire à accueillir plusieurs espèces.
Maintenez un point d’eau
Placez une soucoupe remplie d’eau avec quelques cailloux pour que les insectes puissent se poser sans se noyer. Changez l’eau régulièrement.
Adoptez la tonte en mosaïque
Laisser pousser le trèfle, le pissenlit ou la véronique, ce n’est pas “laisser aller” son jardin.
C’est offrir des ressources alimentaires essentielles. Tondez par zones, pas partout en même temps.
Bannissez les pesticides
Les insecticides, même dits naturels, restent dangereux pour les pollinisateurs. En les supprimant, vous faites l’un des gestes les plus efficaces pour la biodiversité.
Les mélanges de fleurs Vilmorin
Pour soutenir l’ensemble des pollinisateurs, semez des mélanges de fleurs riches en nectar et en pollen, conçus pour accueillir abeilles, papillons et de nombreux autres insectes utiles, tout en apportant couleur et vie à votre jardin.
Quels sont les différents pollinisateurs ?
Les abeilles sauvages
L’abeille domestique bénéficie d’une grande notoriété, mais elle n’est que la partie visible de l’iceberg. En France, les chercheurs recensent plus de 1 000 espèces d’abeilles sauvages : osmies, andrènes, halictes, abeilles charpentières, mégachiles…
Les bourdons
Les bourdons sont des abeilles à part entière. La France en compte une quarantaine d’espèces. Actifs également par temps frais et couvert, ils sortent dès les premiers jours de février et restent présents jusqu’à la fin de l’automne.
Leur atout majeur est la pollinisation par vibration (ou pollinisation vibratile) : les bourdons s’accrochent à la fleur et font vibrer leurs muscles thoraciques à haute fréquence, libérant le pollen des anthères de certaines plantes. Ce mécanisme est indispensable pour les solanacées : tomates, aubergines, poivrons, piments…
Les syrphes
Les syrphes appartiennent à l’ordre des diptères, ce sont des mouches. La famille des Syrphidae compte plus de 500 espèces en France. Leur ressemblance avec les guêpes et les abeilles n’est qu’un leurre de protection : ils ne piquent pas. Les adultes se nourrissent de nectar et de pollen et sont d’excellents pollinisateurs.
Les papillons
En France, on recense 5 200 espèces de papillons (lépidoptères). Les papillons de nuit forment la grande majorité (environ 3 250 espèces). Les adultes butinent le nectar grâce à leur longue trompe, accédant au cœur de fleurs tubulaires inaccessibles aux autres pollinisateurs.Les papillons nocturnes jouent un rôle souvent méconnu mais essentiel : ils prennent le relais de la pollinisation lorsque les insectes diurnes cessent leur activité à la tombée de la nuit.
Les coléoptères
Les coléoptères comptent 11 000 espèces en France, dont de nombreuses sont pollinisatrices. Les cétoines (scarabées verts métalliques) et certains longicornes sont les principaux pollinisateurs de ce groupe. Ce sont les pollinisateurs les plus anciens sur Terre, apparus bien avant les abeilles. Ils fréquentent de préférence les fleurs larges et ouvertes : roses sauvages, reines-des-prés, ombellifères.
Les vertébrés
En Europe, les oiseaux et les chauves-souris contribuent marginalement à la pollinisation et leur contribution reste ponctuelle et ne constitue pas un vecteur significatif.
En conclusion : chaque jardin compte
Attirer les pollinisateurs n’est ni compliqué ni réservé aux grands espaces. Une diversité de fleurs, un peu de laisser‑faire, l’absence de pesticides et quelques aménagements simples suffisent souvent à transformer un jardin ordinaire en espace propice à la biodiversité. En retour, ces insectes assurent la pollinisation de vos cultures, enrichissent vos récoltes et participent à l’équilibre naturel de votre environnement.
Face au déclin alarmant des pollinisateurs, chaque geste compte. Balcon fleuri, potager, prairie non tondue ou haie mellifère : quel que soit sa taille, votre espace vert peut devenir un maillon essentiel de leur survie. Jardiner en pensant aux pollinisateurs, c’est agir concrètement pour la biodiversité… et pour notre propre avenir.